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Voyage de septembre 2015 à Montpellier

une excursion géographique et historique

une ville à découvrir


                    

Visite historique

compte rendu à venir

 

La visitite du quartier Antigone par Micheline Cinquin

ANTIGONE : témoin du dynamisme de Montpellier
 et de la mégalomanie d’un homme

I MONTPELLIER : une ville attractive et dynamique

Longtemps endormie sur son passé millénaire, ville provinciale de médecins et de rentiers viticoles, Montpellier (anciennement « Clapas » en occitan = tas de cailloux, d’où un mont pelé ?) connaît une forte expansion dans la seconde moitié du XX°s. [population municipale]


1940            90 000 H                                 1999           225 000 H

1954            91 000 H                                 2006           251 00 H

1968           162 000 H                              2011           265 000 H

1982           197 00 H                              2014           274 00 H

En tête des villes françaises à forte croissance aux côtés de Toulouse et Nantes, elle est la 8° ville française (22° en 1962) et en passe de devancer Strasbourg, derrière Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nice, Nantes, et devant Bordeaux et Lille. Mais l’agglomération reste modeste avec 550 000 H, faute d’avoir réussi à fédérer les communes côtières en raison de résistances identitaires et de la crainte des hausses d’impôt.

Le décollage démographique s’explique en partie par l’arrivée massive des pieds noirs d’Algérie à partir de 1962 puis par l’installation d’IBM en 1965 (2 000 emplois d’un seul coup !). L’autre atout de la ville est la présence massive d’étudiants (70 OOO, soit plus du ¼ de la population). Ville de culture aussi, notamment avec le Corum.
Le soleil, la mer et le TGV (Paris à 3H20 – Lyon à 1H50 : gare Saint Roch) font le reste.

Mais cette croissance a des revers : l’attractivité de la ville a généré une forte hausse du prix de l’immobilier, rejetant les couches moyennes et pauvres à la périphérie, alors que le centre historique s’est « boboisé ». D’où un vieillissement de la population du centre.

Les aménagements urbains ont nécessité une forte pression fiscale (la plus forte des villes françaises), d’autant qu’une partie importante de la population a de faibles ressources, la ville comptant 18,5 % de chômeurs : population active attirée par le dynamisme de la ville dont les emplois exigent plutôt une main d’œuvre qualifiée. Les difficultés économiques génèrent d’ailleurs une certaine insécurité urbaine…

L’expansion urbaine provoque aussi de gros problèmes d’accessibilité malgré le développement du réseau de tram.

II Le quartier ANTIGONE

Ce quartier ANTIGONE qui nous intéresse ce matin (d’autres nouveaux quartiers ayant été créés depuis), a été conçu à l’initiative du nouveau maire élu pour l’union de la gauche en 1977 : Georges FRÊCHE.


Quelques rappels sur ce personnage controversé : né en 1938 dans le Tarn ; après HEC, il fait des études de droit à Paris. Il est un des rares étudiants en droit à s’opposer à la guerre d’Algérie et à devenir militant maoïste. Agrégé de droit, maitrisant le grec et le latin,  il dispense des cours de droit romain à la faculté de Montpellier.

Adhérent à la SFIO, il poursuit sa carrière politique au PS dans les années 70 : il fut député et maire de Montpellier de 1977 à 2004, fonction qu’il abandonne pour devenir président du Conseil Régional du Languedoc-Roussillon jusqu’à son décès en octobre 2010 (crise cardiaque). Il avait le soutien de l’électorat pied noir qu’il savait flatter dans le « bon sens ».

Il s’est fait connaître nationalement par des propos souvent cyniques et provocateurs [G. Depardieu était l’un de ses amis…].
On se souvient de son invective contre des harkis ayant rejoint l’UMP en 2006 (« des sous-hommes ») – de noirs trop nombreux dans l’équipe de France de foot (2002) – de l’air « pas très catholique » de Laurent Fabius (2010 – ou bien de ses électeurs qualifiés de « cons » à 95%...

Mais il a mené une politique urbaine de grande envergure – avec le géographe Raymond Dugrand - répondant à la fois aux besoins de la ville, à son goût pour l’antiquité gréco-romaine et à son caractère mégalo.

ANTIGONE , donc …

Choix du nom : qui ? pourquoi ? femme rebelle ? mais elle s’est pendue … fin tragique. Le destin d’une ville comme une tragédie grecque, un passé fantasmé ?

Dans « Montpellier, la ville inventée »[document élaboré par Laurent Viala, Anne Sistel, MTE et ENSA], sont étudiées les permanences et mutations de l’ensemble des aménagements urbains des années 70 à nos jours, de Polygone à Odysseum, continuum urbain pour affirmer la métropole au cours de 40 ans.

Antigone - ZAC de 40 ha (à peu près l’équivalent de l’Écusson, la ville ancienne), « goutte d’eau dans un océan d’urbanisation maîtrisée » – se situe entre le centre commercial Polygone [14ha - construit dans un style moderniste au milieu des années 70 par l’ancienne municipalité et qui s’inscrit dans les grands projets nationaux d’urbanisme de dalle pour servir de point d’articulation entre la ville ancienne et la ville moderne destinée à s’étendre au delà de la ligne de chemin de fer] et le secteur d’aménagement Port Marianne [400 ha divisés en plusieurs ZAC].


Ce continuum voulu par G.F. s’étale sur un vaste espace peu urbanisé disponible – cas rare en France – pour étendre la ville vers le SE au-delà de l’autoroute A9, de la future gare TGV, au plus près de la mer pour faire de Montpellier une véritable métropole régionale (ancienne version car Toulouse sera la nouvelle métropole…) méditerranéenne, voire européenne.

Mais difficile jonction entre Polygone et Antigone en raison d’un important dénivelé, matérialisé par l’immeuble dit les « Échelles de la Ville ». Polygone est en effet une sorte de bout du monde du centre, renfermant la ville sur elle-même, avec son vaste centre commercial et son hôtel de ville abandonné.

Antigone offre un décor solennel monumental en tournant le dos à la ville historique (mais dont le ton coquille d’œuf rappelle la pierre de l’Écusson).
Antigone est le point de départ d’un grand déplacement, d’une large conquête, d’une affirmation de l’espace urbain.

C’est à l’architecte catalan postmoderniste Ricardo BOFILL (Barcelone – 1939) – et non Fernand Pouillon initialement pressenti - que G.Frêche confie à la fin des années 70 l’élaboration de ce nouveau quartier entre le centre historique et le Lez – fleuve côtier qui relie Montpellier à la mer – en forme de clé de 900 m de long conduisant à l’amphithéâtre de l’esplanade de l’Europe.
Choix du néo-classicisme postmoderniste (pilastres, frontons, entablements) dans ce lieu imprégné d’antiquité mais construits en béton (béton aux formes préfabriquées et moulées – béton précontraint = fortement comprimé pour améliorer sa résistance).

Certains regrettent que cette architecture ait peu pris en compte la spécificité de Montpellier puisque elle se retrouve ailleurs dans le monde, dans le quartier Maine-Montparnasse par exemple. Cependant, Ricardo Bofill a dû travailler au plus près de l’atelier municipal d’urbanisme (en l’absence d’une agence d’urbanisme à Montpellier), comme architecte en chef, sous le contrôle des politiques.

Il a fallu en effet la forte volonté de G.Frêche. pour contrer l’opposition locale (politique et architectes montpelliérains qui ont dénoncé le « carton pâte hollywoodien » et les références mussoliniennes) et pour faire de ce lieu un « quartier méditerranéen, vert, monumental et socialiste ». Œuvre de 30 années du duo G. Frêche et Raymond Dugrand, géographe, dont les spécialistes ont davantage analysé le discours que les réalisations.

Sur la quarantaine d’hectares appartenant auparavant à l’Église et à l’armée (ancien champ de tir de la caserne Joffre), G.F. a voulu une « ville nouvelle » symbole de modernité et de lumière pour une efficacité économique, une qualité du cadre de vie et une offre culturelle dignes d’une capitale régionale : ce quartier offre logements (dont 20% de logements sociaux) – commerces – bureaux – culture – lieux de pouvoir (Hôtel de région … qui devrait rester à Montpellier puisque Toulouse serait le siège de la préfecture…).

Quartier très aéré, avec nombreux arbres d’essences variées, places, fontaines, statues mythologiques et de personnages historiques, dont la Victoire de Samothrace en résine face à l’hôtel de région… La rigidité du bâti est rompue par les variations d’échelle, les jeux de lumière sur les façades et les jeux d’eau au sol.

 

De place en place :

1 place du Nombre d’Or : alliage de courbes et d’angles, ouverte en 2 000 sur le centre commercial du Polygone, permettant l’ouverture d’un axe « baroque » : longue perspective du polygone jusqu’à l’hôtel de région. Fontaine ludique au centre inaugurée en 2001(jets d’eau jaillissant du sol) – place entourée de logements sociaux, très animée avec de nombreuses manifestations.

2 place du Millénaire : forme longiligne et bordure de cyprès

3 place de Thessalie : créée en 2002, avec bassin circulaire de 16 m de diamètre et statues de 3 éphèbes, adossées sur une vasque de bronze de 5 m – jets d’eau bouillonnants et d’autres paraboliques – un jardin carré et 2 amphithéâtres – propre à la flânerie.

4 place Dyonisos en amphithéâtre – encadrée par la piscine olympique (1996) et la médiathèque Emile Zola.[concept architectural de Paul Chemetov et Borja Huidobro regroupant deux corps de bâtiments : côté sud, là où le rayonnement solaire est le plus intense, s’élève un bâtiment de pierre et de béton, rempart voué à la conservation des ouvrages -côté nord : la lumière douce est apprivoisée afin d’éclairer les espaces de lecture et de convivialité d’une façade toute en transparence]. Année 2000.

esplanade de l’Europe délimitée par une colonnade en forme de croissant, composée par un immense immeuble d’habitation en arc de cercle, ouverte sur le Lez qu’on atteint par une pelouse en pente douce, face à l’Hôtel de Région édifié par Ricardo Bofill (2007).

 

Le quartier a connu d’importantes modifications par rapport aux projets initiaux :

- l’ouverture de la place du Nombre d’Or à l’ouest sur le centre commercial du Polygone pour assurer la perméabilité (difficile en raison de la déclivité) avec le centre ville : construction de l’immeuble des Echelles de la ville par Ricardo Bofill en 1987.

- réduction du centre international d’affaires (CIA) des ¾ de sa superficie initialement prévue (2 immeubles seulement) au profit de la médiathèque Emile Zola, de la piscine olympique et du siège de la communauté d’agglomération. Les immeubles d’habitation dominent largement les espaces d’activités tertiaires.


- la ligne 1 du tramway ouverte en juin 2000 pour relier les quartiers ouest (stade de la Mosson dans l’ancien quartier de la Paillade - grand ensemble construit dans les années 60 pour accueillir les rapatriés et devenu ultérieurement une ZUP de relégation) - à Odysseum à l’est, en passant par la place de la Comédie, la gare et le quartier Antigone. Cette ligne a véritablement désenclavé le quartier.

Peut-on parler d’un sentiment d’appartenance, d’une appropriation des lieux, de pratiques sociales propres à ce quartier ? ou bien le sentiment d’enfermement, de minéralité et d’isolement endogène domine-t-il ?

Les sociologues s’interrogent sans trancher. La municipalité a affiché dès l’origine du projet une volonté forte de participation citoyenne. Dès 1984 a été créée une Association Des Résidents d’Antigone (ADRA) davantage pour gérer les problèmes matériels que pour s’intégrer dans la politique de la ville.

Car l’enjeu à Montpellier est bien une volonté politique de raconter une histoire inédite en mesure de légitimer une identité de la ville autour d’une construction technopolitaine, métropolitaine et de la Méditerranée, en liant image du temps et rationalité urbanistique, non sans créer un trouble identitaire..

La réussite du programme est liée à une forte volonté de la municipalité et de G.F. d’être maîtres du développement de la ville et d’assurer une mixité sociale et fonctionnelle grâce à un schéma général d’aménagement du secteur est.

III Au delà d’Antigone

C’est pourquoi, après Antigone, la ville a continué à s’étendre vers l’est en direction de la mer. Les projets ont été facilités grâce à la maîtrise du foncier par la puissance publique : une Zone d’Aménagement Différé a été créée dès 1977 sur ces terrains peu urbanisés à l’est pour éviter la spéculation foncière. La continuité spatiale est ainsi assurée au niveau de tous les réseaux (transports, eau, électricité, chauffage et climatisation …) mais sans doute plus difficile au niveau de l’appropriation de l’espace par les usagers.

Ce sont en effet plusieurs ZAC qui ont été créées pour poursuivre le développement de la ville sur l’espace appelé « Port Marianne » au-delà du Lez en direction de la mer, sur 400 ha. - 18 parcs d’activités sont en voie d’aménagement dont Agropolis International (recherche agronomique, alimentaire et environnementale).

Ricardo Bofill en a esquissé les grands axes mais ses projets n’ont pas été retenus pour éviter le risque d’un enfermement dans une forme architecturale et urbaine unique.


D’autres grands noms ont été sollicités  en choisissant des architectes de renom, porteurs
d’œuvres fortes, significatives de leur temps, reconnues et appréciées. Cela permet au projet d’offrir un riche catalogue de formes, de styles, loin de la monotonie relative d’Antigone, tout en conservant une cohérence.
L’objectif est de mettre en relation la ville héritée et l’émergence de nouvelles identités sur des espaces aux fonctionnalités propres dans un vaste espace multipolarisé.

 


1 une ville parc : Parc Marianne

2 une ville port : Jacques Cœur

3 une ville loisir,  ludico commerciale : multiplexe cinéma – patinoire – planétarium – aquarium géant – mur d’escalade - centre de remise en forme et toutes les enseignes commerciales sur 44 350 m2) : les Portes de la Méditerranée/ Odysseum dont GF disait : « Oui, je sais, Odysseum fait rire les bobos, mais vous verrez, ils finiront par y courir ! Les autres Montpelliérains sont déjà ravis »  [in Géo n° 371 de janvier 2010]
Mais l’architecture y est plus banale.

4 une ville insulaire : les Jardins de la Lironde de Christian de Portzamparc

5  une ville universitaire : Richter (droit/éco) – là se trouvent les statues monumentales de « révolutionnaires » de diverses époques.

6 une ville entreprise : Parc d’activité du Millénaire

7 une ville écologique : la ZAC rive gauche

8 une ville administrative : le nouvel Hôtel de Ville (Jean Nouvel) à l’extrémité sud de la zone Port Marianne, desservi par 3 lignes de tram ; Il accueille depuis novembre 2011 un millier d’employés sur 27 000 m2 et 500 bureaux. Bâtiment écologique de 41 m de haut, situé sur un promontoire pour dominer la ville.

 

Il faudra donc revenir à Montpellier pour explorer ces nouveaux espaces urbains…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Association des professeurs d'histoire et de géographie
Régionale de Bourgogne-Dijon
URL : http://aphgbourgogne.free.fr
Dernière mise à jour :1septembre 2015

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