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Nos collègues publient  :

UN DÉPARTEMENT DANS LA GUERRE 1939-1945.
Occupation, collaboration et résistance dans l'Yonne,
par l'équipe de l'ARORY, Paris, éditions Tirésias, 2006, 738 p.
avec des notes, une bibliographie et un index des noms propres cités.

Cet important ouvrage collectif a été rédigé par l'équipe de l'Association pour la Recherche sur l'Occupation et la Résistance dans l'Yonne (Claude Delasselle, Joël Drogland, Frédéric Gand, Thierry Roblin et Jean Rolley). Il est en fait un historique complet du département au cours de cette période, établi grâce à l'utilisation des dossiers des Archives départementales de l'Yonne, des Archives nationales, au dépouillement de la presse locale et enfin grâce aux collections de documents et aux témoignages publiés ou inédits rassemblés par les auteurs. L'étude cite de nombreux textes et elle est illustrée d'extraits de documents et de cartes.

En introduction, le premier chapitre brosse un tableau de la situation dans l'Yonne dans les années d'avant-guerre. Voici un département essentiellement rural, où l'Avallonnais et le Tonnerrois se singularisent par une pratique religieuse assez forte dans une région précocement déchristianisée où le radicalisme a été longtemps très influent. Ces régions votent assez régulièrement à droite et l'Avallonnais est le fief de la famille Flandin, dont est issu Pierre-Etienne Flandin, qui sera à plusieurs reprises ministre et ne se distinguera guère par sa fermeté face aux menées hitlériennes. On évoque aussi le climat de crise économique et le sursaut de la gauche à partir des villes ouvrières, qui amène une relative victoire du Front Populaire aux élections de 1936, mais cette poussée favorise surtout les socialistes.
On passe ensuite à l'évocation des débuts de la guerre, marquée ici à partir du 18 mai 1940 par l'afflux des réfugiés des régions envahies, qui comme ailleurs provoque la désorganisation de la vie matérielle. Puis à partir du 14 juin, les troupes allemandes arrivent par le nord et les villes subissent de graves bombardements, qui sont exclusivement le fait des Allemands, et non des Italiens comme on l'a raconté. Quant aux pillages des maisons abandonnées, ils sont dus à des équipes allemandes, mais aussi à des voisins restés sur place. Les occupants vont ensuite s'installer et utiliser des prisonniers, nombreux dans le département, pour aider aux travaux des champs.
Le chapitre suivant décrit les mécanismes de l'administration militaire allemande, qui sont les mêmes que dans les départements voisins. Les parlementaires icaunais présents à Vichy en juillet 1940 votent les pleins pouvoirs au Maréchal, mais Flandin, qui succède brièvement à Laval durant l'hiver 1940-1941, n'inspire pas confiance aux occupants et ne jouera plus un rôle essentiel. Les auteurs évoquent ensuite la « Révolution nationale », la mise en place d'un nouveau personnel administratif et l'épuration des élus locaux. On insiste sur les trois centres d'internement qui sont créés pour les personnes jugées indésirables, et on souligne que les groupes collaborationnistes se créent à partir de 1941, mais ne semblent pas avoir eu ici beaucoup d'influence.

Le livre passe ensuite à une histoire détaillée des actions de résistance, en évoquant les premiers sabotages, les filières d'évasion des prisonniers de guerre, les activités de renseignement et de propagande. On évoque les différents groupes en insistant sur le rôle joué par les communistes à partir de 1942. Le département connaît alors de graves difficultés de ravitaillement et les transports sont de plus en plus difficiles. Les Allemands installent une usine pour leur aviation à Cravant, mais tentent surtout d'expédier la main d'œuvre en Allemagne. Un chapitre est consacré aux persécutions raciales et aux déportations des juifs, peu nombreux dans l'Yonne, mais assez facilement arrêtés.
Un chapitre très complet est consacré aux mouvements de résistance du département, à leur implantation locale, à leur composition sociologique. L'année 1943 est marquée par le développement de la propagande patriotique, des actions de sabotage : il s'agit en particulier de gêner le trafic ferroviaire et d'entraver la livraison de céréales aux occupants. Des parachutages alliés fournissent des armes aux groupes de résistants, mais dès la fin de l'année la répression menée par les services allemands s'abat sur plusieurs groupes dans le Sénonais et le Tonnerrois en particulier. Un autre chapitre particulièrement bien venu s'attache à étudier la personnalité de ces résistants : ils appartiennent à presque tous les milieux sociaux et à différentes tendances idéologiques, mais comment devient-on résistant et comment choisit-on son affiliation ? On passe ensuite à une longue étude détaillée des différents maquis de 1944, avec des cartes précises et on s'attache à en décrire le recrutement, la vie quotidienne, l'armement, les relations avec les populations. Puis on évoque avec précision la chronologie de leurs actions militaires et les actions de répression menées par les Allemands comme par les forces de Vichy. On s'intéresse ensuite aux déportés : environ 600 icaunais seront déportés dans divers camps avant juillet 1944.

La Libération est préparée par une intensification des parachutages et par des bombardements, et les Allemands ripostent par des arrestations nouvelles, auxquelles participent des agents doubles comme le fameux Henri Dupré, et par des arrestations d'otages. C'est en août que le département est libéré : on tente un bilan des derniers mois de l'occupation, qui ici ont été les plus meurtriers, et on souligne le rôle décisif joué dans cette région par les FFI. Il va falloir mettre sur pied une nouvelle administration avec l'aide de comités locaux, ce qui n'exclut pas les arrestations arbitraires et les règlements de comptes. La formation de Milices patriotiques communistes, formées de résistants de la dernière heure, semble avoir ici plutôt nui à l'image du PCF, qui préfère y renoncer durant l'hiver 1945. Comme ailleurs, cette période est marquée par des exécutions sommaires (une soixantaine en 1944), des humiliations publiques de femmes tondues et d'actes qui s'apparentent à du grand banditisme. Il y aurait environ 1200 FFI dans le département, mais on évoque aussi ceux qui participent aux derniers combats contre les Allemands. Les troupes américaines présentes dans la région ne semblent pas avoir eu un comportement irréprochable, et contribuent visiblement à divers trafics.
L'étude évoque aussi la réapparition de la presse locale, le retour des prisonniers, la difficile remise en route de la vie économique et le passage de l'épuration sommaire à l'épuration légale : on évoque plusieurs procès marquants. Quant aux élections qui suivent la fin de la guerre, elles ne traduisent pas de grands bouleversements : malgré l'importance des groupes de résistants, la gauche divisée progresse peu ici, et les notables de droite profitent du marasme économique et de l'insécurité pour faire oublier leur soutien à Vichy. L'ouvrage se clôt par une réflexion sur la mémoire de cette guerre.

On est impressionné par la somme de travail que représente une telle étude ; même si certains chapitres sont un peu longs et si le cas de l'Yonne n'est pas fondamentalement très différent de celui d'autres régions de la zone nord, on souhaiterait que des synthèses de cette qualité soient réalisées partout. Nous conseillons vivement la lecture de ce livre, et pas seulement à nos collègues icaunais.

Claude Farenc

 

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Dernière mise à jour : 25 novembre
2011

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