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Nos collègues publient  :

L'AFFAIRE GUY MÔQUET - enquête sur une mystification officielle

par Jean-Marc BERLIÈRE et Franck LIAIGRE, Larousse, Essais et Documents, 2009

Jean-Marc Berlière (professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne – spécialiste de la police) et Franck Liaigre (professeur en Loire-Atlantique, qui termine une thèse sur les FTP et la lutte armée) présentent leur étude par ces constats : "L'histoire est un enjeu permanent et une arme de la vie politique" - "L'histoire et la politique n'ont jamais fait bon ménage".

Donnant quelques exemples de réécriture téléologique de l'histoire par des hommes politiques de tout bord, les auteurs rappellent ensuite les origines sociales de Guy Môquet (son père était député communiste sous la III° République), le sens de son engagement militant en 1940, les circonstances de son arrestation le 13 octobre 1940, de son internement et de son exécution le 22 octobre 1941. Puis ils montrent comment le Parti Communiste Français a instrumentalisé la mémoire de Guy Môquet de 1945 à nos jours, mais aussi pourquoi l'actuel président de la République a utilisé cette icône dès septembre 2006 au cours de la campagne présidentielle. Cette démystification est conduite selon une démarche historique rigoureuse, appuyée sur l'étude méthodique de pratiquement tous les fonds d'archives actuellement accessibles, référencés en fin d'ouvrage.

Les auteurs posent notamment trois questions essentielles  et sensibles : Guy Môquet peut-il être qualifié de "résistant" ? La fusillade par les Allemands, en octobre 1941, de militants communistes dont certains avaient été arrêtés fin 1939, permet-elle d'affirmer l'engagement précoce du PCF dans la lutte patriotique ? Le choix des otages du camp de Choiseul, fusillés le 22 octobre 1941, fut-il le fait des Allemands ou de Pucheu, le ministre de l'intérieur du gouvernement de Vichy ?

Alors que Nicolas Sarkozy annonce dès le 16 mai 2007 – jour de son investiture – que la dernière lettre de Guy Môquet à ses parents sera lue dans tous les lycées de France le 22 octobre – parce que "un jeune homme de dix-sept ans qui donne sa vie à la France, c'est un exemple non pas du passé mais pour l'avenir" –, Marie-Georges Buffet – secrétaire générale du PCF – écrit le même jour  qu'il s'agit d'un  "message fort" "parce que ce jeune homme était porteur de patriotisme par son engagement dans la résistance, mais aussi parce que son combat pour l'émancipation humaine avait un but, celui de construire une République des droits et des libertés dans une démocratie".

Les auteurs rappellent que le "devoir de mémoire", au nom duquel on a pu écrire n'importe quoi, ne peut se substituer au travail historique.
Or dans cette affaire, le président de la République a pu "faire exploser le front antisarkozyste" et tenté une opération d'union nationale, alors que la direction du PCF a réactualisé l'idée d'un Guy Môquet, incarnation de la "résistance aux barbares hitlériens", défenseur des droits et libertés démocratiques.
En reproduisant les textes de l'été et automne 1940 (appel du 10 juillet 1940 de la direction clandestine du PCF et tracts distribués par les Jeunesses communistes), les auteurs montrent que ces affirmations sont aux antipodes des positions politiques du PCF de 1940 dont les axes étaient : pacifisme contre la guerre impérialiste menée par les franco-anglais, combat anticapitaliste, soutien inconditionnel à l'URSS.

En conclusion, les auteurs dénoncent une "caporalisation mémorielle" et s'inquiètent d'une "crise de l'histoire qui confine à une capitulation, voire à un naufrage".

Micheline Cinquin

 

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Dernière mise à jour : 25 novembre
2011

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