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Nos collègues publient  :

La fabrique d'un révolutionnaire, OTTO WILHEM KUUSINEN (1881-1918)

par Maurice CARREZ, CNRS & Université de Toulouse - Le Mirail, 2007

Notre collègue et ami Maurice Carrez , maître de conférences à l'Université de Bourgogne, dont nous avons apprécié la science, l'enthousiasme et le dévouement en Estonie et en Finlande où il a guidé notre groupe de voyageurs au printemps 2008, publie aux éditions Méridiennes (Université de Toulouse - Le Mirail) un gros ouvrage au style riche et précis, solidement argumenté.

Il s'agit d'abord d'une biographie, plus exactement du récit de la jeunesse d'un homme né dans le peuple qui, à l'image d'autres intellectuels de sa génération, renonce à l'ascension sociale souhaitée pour lui par ses parents pour vivre son idéal révolutionnaire. Maurice Carrez, en étudiant les motivations, les hésitations, les choix d'un personnage appelé à jouer un rôle important dans l'histoire de la guerre froide en tant que secrétaire du Komintern et conseiller de Khrouchtchev — et pour cette raison sommairement jugé — dépasse l'hagiographie ou l'anathème dont Kuusinen a souvent été l'objet pour s'intéresser, à travers l'étude des 37 premières années de sa vie, aux fondements, à la signification, à la nature même de l'engagement révolutionnaire. L'activité de l'étudiant, du poète, du militant, du journaliste, du parlementaire, de l'idéologue, de l'homme d'État, est présentée de manière vivante : le lecteur comprend la personnalité à la fois discrète et audacieuse d'un homme inquiet mais énergique, ambitieux, travailleur, soucieux de se cultiver, bon orateur, au bagage idéologique solide, non dépourvu d'arrogance. Marxiste convaincu, influencé par Kautsky, pourfendeur de l'anarcho-socialisme et du révisionnisme au sein de son parti, Kuusinen s'expose à des revers de carrière ; mais il est aussi capable de souplesse tactique et de pragmatisme. On suit le parcours de ce dirigeant social-démocrate du patriotisme "fennomane" au communisme. D'abord influencé par le modèle du S.P.D. allemand, il est de plus en plus intéressé à partir de 1914 par les différents courants du socialisme en Russie, avant de prendre clairement position en mai 1917 pour une alliance proposée par les bolcheviks. Il contribue à l'indépendance de son pays, acceptée dans son principe par Lénine, mais ne peut éviter le "bain de sang" qu'il redoute entre Blancs (favorables au nouveau gouvernement finlandais anti-bolchevik) et Rouges (adeptes d'une prise de pouvoir de la classe ouvrière). Engagé avec détermination mais sans trop d'illusions dans le soulèvement rouge de janvier 1918, il n'a d'autre recours que l'exil en Russie lorsque Mannerheim, suite à sa victoire dans la guerre civile en mai 1918, déchaîne la répression ; il y entame un travail de réflexion sur l'échec de la révolution finlandaise et sur la fondation d'un nouveau parti s'inspirant du bolchevisme.

C'est aussi un tableau de la Finlande au tournant des XIXème et XXème siècles. Nous en découvrons, par le texte et par l'image, les paysages, les villes, les ateliers, le système éducatif ; nous prenons conscience de la dureté des temps, de l'apparition au sein d'une économie rurale de nouvelles activités industrielles et commerciales, de mutations sociales accélérées affectant les destins individuels, du développement de quartiers ouvriers, et même, à Helsinki, de la "forteresse prolétarienne" de Siltasaari. Nous assistons à la naissance chaotique d'un État : la jeune Finlande, qui bénéficie depuis 1809 d'une autonomie précaire au sein de l'Empire tzariste, constamment menacée de russification, souvent contrainte au compromis mais capable de résister, voire de s'insurger, connaît un début de démocratisation en 1906 et l'indépendance en 1917, avant de basculer dans la violence.

C'est enfin une libre et rigoureuse réflexion d'historien sur l'organisation d'un mouvement ouvrier puissant mais fragile et sur ses luttes internes, cruciales ou mesquines, influencées par la question nationale puis exacerbées par les soubresauts révolutionnaires de 1905 et 1917 avant le cataclysme de 1918 ; une aide à la compréhension de la fin de la Grande Guerre à partir de l'étude du cas particulier de la Finlande, théâtre d'affrontements entre Russes et Allemands… et une occasion de nous familiariser avec l'histoire de cette Europe du Nord qui tient si peu de place dans nos sujets de recherche et nos programmes d'enseignement.

Gérard Déclas

Prix public : 50 € les 2 volumes (858 p.)

 

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Dernière mise à jour : 25 novembre
2011

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