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Nos collègues publient  :

QUE FAIRE DU PASSÉ ? Histoire et mémoires

par Dominique VIAUX,  Lyon, éd. Olivétan, 2009, 94 p.

Dans ce livre court, mais dense, notre collègue a développé une réflexion approfondie sur les usages, légitimes ou abusifs, que nos contemporains font de l'histoire.

Celle-ci, sans toujours y parvenir, se veut scientifique et objective. Désireux de faire progresser la connaissance du passé, le chercheur élabore une problématique (qui pourra évoluer au cours de son travail), collecte, dans une démarche heuristique et critique, les documents qui peuvent le renseigner, organise les données acquises en un ensemble intelligible, et tente d'apporter une réponse cohérente aux problèmes qu'il s'est posés, tout en sachant que son interprétation pourra toujours être remise en cause par un questionnement différent ou de nouveaux documents.

La mémoire (collective) fonctionne tout autrement. Elle s'efforce de mettre en valeur les éléments du passé propres à consolider l'identité présente d'une collectivité, les faits et les hommes jugés dignes d'être commémorés par celle-ci. Elle est donc éminemment sélective (ce qui est jugé insignifiant ou condamnable en fonction des valeurs actuelles sera volontiers occulté), plurielle (les antécédents et les références des groupes ou des communautés qui l'utilisent ne sont pas identiques) et à l'occasion conflictuelle (un fait historique comme la guerre d'Algérie a engendré des mémoires concurrentes, celles de partisans et des adversaires de l'Algérie française). Il s'agit donc fréquemment d'une « histoire » instrumentalisée en fonction des besoins du présent ( Dominique Viaux développe une intéressante analyse du « présentisme » qui lui paraît caractériser notre époque). C'est dans cette perspective qu'il faut situer les « lois mémorielles ». La première, la loi Gayssot (1990), destinée à réprimer le négationnisme, visait surtout à combattre toute résurgence de l'antisémitisme. La loi Taubira (2001), qualifiant la traite et l'esclavage de crimes contre l'humanité, prescrivait de leur accorder plus de place dans les programmes scolaires. La loi du 23 février 2005 comportait un alinéa (annulé par la suite) obligeant ceux-ci à reconnaître « le rôle positif de la présence française outre-mer » : l'enseignant ou le chercheur se verraient ainsi conduits à se plier aux exigences mémorielles d'une fraction de l'opinion publique.

Dans le même ordre d'idées, Dominique Viaux estime que la « repentance » exprimée à l'égard de certains comportements passés s'inspire d'un jugement moral, parfois entaché d'anachronisme, et ne correspond pas à l'attitude propre à l'historien, qui n'a pas à s'ériger en juge, mais à faire comprendre. Le désir, légitime, de « lutter contre l'oubli », peut et doit s'appuyer sur la recherche historique, mais sans lui prescrire son objet et ses méthodes et sans préjuger de ses résultats.

Dans un dernier chapitre, Dominique Viaux applique sa réflexion au judaïsme et au christianisme. Ces religions reposent sur des fait historiques et, à la différence du paganisme antique, conçoivent le temps, non comme immobile ou cyclique, mais comme orienté vers une fin. La foi et la pratique chrétienne sont, par ailleurs, liées à une mémoire qui s'exprime à travers la liturgie et le corpus évangélique, et qui peut engendrer une certaine « méfiance vis-à-vis des recherches historico-critiques sur les origines et les mutations du christianisme » : dans ce domaine aussi, le conflit entre histoire et mémoire est présent et doit être assumé.

Parce qu'il traite avec acuité de problèmes très actuels, cet ouvrage mérite une lecture attentive à laquelle ce bref compte rendu voudrait être une incitation.

Pierre Lévêque

 

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Dernière mise à jour : 25 novembre
2011

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